Session d’ouverture
11h15 – 12h15

Repenser la valeur de l’image animée

Jamais nous n’avons passé autant de temps devant nos écrans. Pourtant, jamais nous n’en avons consacré aussi peu aux œuvres pour lesquelles ils ont été conçus. À mesure que les plateformes sociales accaparent une part croissante de notre attention, les lignes de fracture traditionnelles entre salle et streaming, télévision et numérique, ne suffisent plus à décrire la réalité du secteur. Dans le cinéma, l’audiovisuel et le jeu vidéo, l’enjeu est désormais de savoir si des œuvres exigeantes, porteuses d’une ambition artistique et éditoriale, peuvent encore faire reconnaître et préserver leur valeur dans un environnement où l’attention est devenue la ressource la plus convoitée. Car cette valeur n’est pas seulement économique : elle est aussi culturelle et démocratique.  

 

  1.  Un tournant civilisationnel dans notre rapport aux images 

L’image animée a profondément façonné le XXe siècle. Elle a offert à l’humanité, de façon inédite et à l’échelle du monde, une expérience partagée du réel, de la beauté et de l’altérité. Elle a permis à des milliards d’individus de regarder le monde à travers des références communes et de se sentir reliés au-delà des frontières. Mais la manière dont nous les découvrons, les regardons et les partageons s’est profondément transformée. Les œuvres pensées pour s’inscrire dans la durée se trouvent désormais en concurrence avec des flux d’images conçus pour capter l’attention et la retenir toujours davantage. Dans le même temps, les possibilités croissantes de manipulation fragilisent la confiance que nous accordons à ce que nous voyons. Le défilement sans fin des contenus peut enfermer chacun dans son propre univers plutôt que créer du lien, avec des effets désormais bien documentés sur le bien-être des plus jeunes et sur la cohésion de nos sociétés. L’urgence est d’aider les générations futures à reprendre la maîtrise de leurs écrans et à inventer, avec elles et pour elles, un nouveau rapport aux images.
 

       2.  Repenser la valeur à l’heure des nouveaux équilibres de l’image animée 

La profusion des images n’a pas rendu plus facile le financement, la visibilité ni la pérennité des films, des séries et des jeux vidéo les plus ambitieux.  Alors que les modèles historiques s’essoufflent, que les modes de diffusion se diversifient et que l’attention du public devient une ressource de plus en plus disputée, l’ensemble de la filière doit recréer les conditions permettant aux œuvres d’être produites, de trouver leurs publics et de s’inscrire dans la durée. Cela suppose de repenser la répartition des risques, les modalités de partage de la valeur entre les différents acteurs de la chaîne et les responsabilités qui en découlent.  

L’enjeu dépasse la seule préservation de la valeur économique des œuvres. Il est aussi de maintenir ce qui fonde leur singularité et leur importance dans la vie collective : leur contribution culturelle et leur rôle démocratique. 

Quatre axes structurent la réflexion du Sommet en suivant le parcours des films, des séries et des jeux vidéo : leur création, le financement des œuvres comme des entreprises qui les produisent, leur rencontre avec les publics, ainsi que les responsabilités qui incombent à l’ensemble du secteur.